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Contrairement à ce que l’on pensait, Florence Dupuis Jean Louis n’est pas la mère des comédiennes « les Sœurs Jean Louis » plutôt leur mentor. Coïncidence ! Cette bête de scène se partage entre deux passions : le théâtre et l’éducation. Elle a fondé « J’apprends » une école mixte à succès basée à Thomassin et prépare un come-back sur scène. Elle a fait un boom en 2011 avec « Le monologue du vagin » Florence nous parle un peu de son parcours et de son école…

Où est passé Florence la femme de théâtre?

Normalement, j’ai un spectacle en préparation mais, notre pays confronte ces jours-ci à de sérieux problèmes. Mon spectacle va me coûter beaucoup d’argent, je ne peux pas le faire seule. L’idée c’est une restitution des années 80. J’aurai beaucoup de danseurs, de musiciens, de  chanteurs, de comédiens, de costumes. À ces tableaux, s’ajoute une projection vidéo. Normalement si tout se passe bien vous devriez avoir un spectacle de moi dans les mois qui viennent surtout que cela fait deux ans que je n’ai pas présenté quelque chose…

ça remonte quand ton dernier spectacle?

La dernière fois c’était Cynthia fait son show.  C’est moi, en effet, qui ai créé le show, mais avant c’était  Stand up ladies 1 et 2. Et bien avant tout cela j’avais « Le monologue du vagin », « Si nos Dieux nous étaient comptés ». J’ai fait l’inauguration du triomphe et on a tourné à l’étranger. Ma dernière participation à l’étranger, c’était l’année dernière au festival Lavillon avec « Paroles chouchoune ».

Quand avez-vous attrapé le virus du théâtre ?

À l’école, j’ai été initié au théâtre par Mona Guerin et Gladys Wadner, c’était juste avant le célèbre feuilleton radiophonique « Woy les voilà » sur la radio métropole. Depuis lors, j’ai attrapé le virus du théâtre. Je pense que ce qui a facilité mon succès au théâtre, c’est le fait que j’ai été éducatrice, ça m’a beaucoup aidé. Je dois dire aussi qu’en salle de classe souvent il faut jouer la comédie pour les élèves. Autour des deux metiers, l’un a nourri l’autre.

Parlez-nous un peu de votre école. d’où est venue cette idée?   

Cela a toujours été mon rêve. J’ai une formation et une maîtrise en science de l’éducation. J’ai d’abord été à l’Ecole Normale Supérieure pour faire une licence en sciences sociales et après j’ai trouvé une bourse au Canada où j’ai fait une maîtrise en science de l’éducation. 

C’est votre première école?

C’est ma première école mais, ce n’est pas la première fois que je dirige une école. J’ai dirigé le collège de l’étoile pendant deux ans dès mon retour de maîtrise au Canada. Disons que j’ai fait toutes mes études chez les sœurs de Sainte Rose de Lima. Après mes études classiques, je suis rentrée à l’Ecole Normale Supérieure et quelques mois après j’ai été appelé pour enseigner à Sainte Rose de Lima en remplaçant un professeur. J’ai commencé à enseigner dès mes 18 ans. Donc, toute ma vie a été vouée à l’éducation. 

Mon passage à Sainte Rose de Lima, c’est un volet qui m’a enchanté, ce sont mes plus beaux souvenirs. Cette école était comme un foyer pour moi, une seconde demeure, non pas parce que j’ai eu une orientation religieuse ou du fait que j’ai toujours été à l’aise avec les sœurs. J’ai toujours été bien chez les sœurs. En philo, quand je cherchais qu’est-ce que je pouvais faire, je pensais que je n’étais pas capable de faire grand-chose. Mes parents voulaient que je fasse la médecine, mais la seule que je me sentais capable de faire c’était d’enseigner. Disons que pendant tous les cycles primaires, j’étais une excellente élève, et à partir du secondaire, j’étais une élève très turbulente mais que les sœurs appréciaient malgré tout parce que j’étais une élève joyeuse, joviale, gaie. J’étais le chouchou des sœurs et je savais très bien me faufiler à travers les règlements, les contraintes qu’il y’avait à Ste Rose de Lima. 

Au début, mon rêve c’était de créer une école, un pensionnat de jeunes filles. Puis, mon rêve s’est confronté à la réalité, la réalité c’est que ces genres de pensionnats n’étaient plus de mise dans une localité comme Thomassin. La réalité du marché m’a poussé à fonder de préférence une école mixte. Ainsi, mes rêves d’enfance qui étaient de diriger une école de filles et d’en faire des futures présidentes, ministres, futures scientifiques ont été supplantés. J’ai toujours eu une approche révolutionnaire. J’ai toujours été contre les tabous, la preuve : même dans ma carrière de metteuse en scène, mes sujets sont toujours des sujets tabous, j’utilise le tabou pour éduquer, changer, et proposer des changements, comme dans « Le monologue du vagin », « Paroles chouchoune », « Si nos dieux nous étaient comptés ». Ce dernier est une conte qui présente les différents dieux du panthéon vodou. Pourtant, je ne suis pas vodouisante si je l’étais je le dirais et je le proclamerais haut et fort parce que j’estime que le vaudou est une religion comme une autre et dans toutes les religions il y a le bien et le mal, il y a ceux qui choisissent le bien et ceux qui choisissent le mal et je pense que si nous avons pu avoir notre indépendance quelque part c’est grâce à l’unité et à la force spirituelle ou mystique, je ne sais pas comment l’appeler puisque je ne connais pas suffisamment le vodou. J’ai toujours été impressionné par ce que les égyptiens, les grecques et les romains faisaient avec leurs mythologies, c’est ce qui attire les touristes, les artistes, les cinéastes, les peintres les sculpteurs et les écrivains. Ici en Haïti, j’ai toujours été choqué par le fait qu’on a toujours plus ou moins honte du vaudou donc je me suis dit qu’en traitant un sujet comme le vaudou en le mettant sur scène je forcerais la société à accepter cette identité haïtienne. Et je pense avoir réussi parce que quand j’ai joué si nos dieux nous étaient comptés qui est un scénario qui m’a été apporté par Maël David qui m’a demandé de le mettre en scène, d’en faire une adaptation théâtrale, je pense que j’ai réussi à réunir toutes les classes sociales autour de cette identité commune qu’est le vaudou. Car,au moment où l’on jouait, je me souviens que la première fois c’était au parc historique de la canne à sucre et c’était un spectacle assez cher,forcément c’était une élite qui était là et il y avait les serveurs qui à un moment donné ont arrêté de servir ,tout le monde est resté coller sur ce qui se passait sur la scène et c’est à ce moment que j’ai su que j’avais gagné parce que quand vous apportez une nouveauté au public ça passe ou ça casse on prend toujours un risque, ça a été la même chose quand j’ai commencé à travailler sur les monologues du vagin, j’ai eu toute sorte de menaces, des personnes qui me disaient mais tu vas provoquer le public, qu’est-ce c’est cette affaire de chouchoune. Qui plus est, mon mari était un officiel à l’époque donc il a reçu toutes sortes de pression pour que je ne fasse pas le monologue du vagin et puis, une fois que le spectacle a commencé le public était conquis et je pense que c’est là que se rejoint l’éducatrice et la metteuse en scène.

En France là maintenant on instruit les petits au sexe à travers des livres. Quelle est votre opinion ? 

Effectivement cela a fait beaucoup de bruit en éducation. Dans mon école je donne des cours d’éducation sexuelle à partir de la 7ème année, cela veut dire à partir de 11, 12 ans. Pour les plus petits, on commence à travers les sciences naturelles et les sciences de la vie. Ils ont une petite initiation au corps plus qu’à une vie sexuelle ou une vie affective comme je le fais en 7ème année. Ce débat a fait couler beaucoup d’encre en France parce que c’est un débat où je pense que les parents ont très peur de l’approche française qui veut faire que l’homosexualité et l’hétérosexualité soient placés au  même plan. Je pense que la société haïtienne n’est pas encore prête pour cela. Moi, ce que j’apprends dans mon école à mes enfants, puisque je forme les enfants pour la vie pas pour Haïti, je les forme pour qu’ils s’intègrent à la société haïtienne et aussi pour qu’ils puissent s’adapter n’importe où dans le monde. La première notion que j’enseigne à mes enfants à l’école sur le volet d’éducation sexuelle c’est le respect des différences. Ceci dit, ma génération n’a peut-être pas suffisamment d’ouverture d’esprit pour considérer les deux voies sur le même pied d’égalité mais j’apprends à mes enfants à respecter les différences, à être tolérant, à accepter  la différence de l’autre. Mais à chaque fois qu’un enfant me pose une question, est-ce que je pense que l’homosexualité c’est une voie normale je le renvoie au dictionnaire, qui dit que c’est une « déviance » donc je le renvoie à ce que j’ai comme informations scientifiques. J’apprends à mes enfants que la voie que j’ai connue moi c’est la voie de l’hétérosexualité et qu’il existe maintenant d’autres voies qui sont acceptées dans certains pays et qu’il faut apprendre à respecter ces personnes, à ne pas les critiquer, à ne pas les discriminer, à ne pas les mettre à l’écart mais que c’est toujours une voie très difficile, c’est une voie où ils vont rencontrer beaucoup de critiques.                                

Sur quel système se base votre école? 

Mon école se base sur le système éducatif haïtien. Le programme s’enrichit du programme français jusqu’à la 9ème année. On impose aux élèves : “J’apprends” un livre de français Français, un livre haïtien de français, un livre de mathématiques du programme français et un livre de mathématiques du programme haïtien, pourquoi? Il y a eu beaucoup de progrès réalisés dans la production du matériel pédagogique haïtienne, notamment les ouvrages avec des éditions comme Deschamps, Zémes et plus récemment encore les éditions pédagogies nouvelles  mais, il reste toujours quand on choisit un de ces livres on a pas de matières pour alimenter une année scolaire, quand on voit un terme, un sujet ou un chapitre, il manque souvent d’exercices pour que l’enfant arrive à maîtriser la matière. J’ai estimé puisque entre autre j’ai eu la chance et le privilège d’avoir contribué à l’élaboration du plan national d’éducation car j’ai été l’une des trois responsables au départ de ce programme et si ce plan national d’éducation existe j’y ai apporté ma goutte d’eau. J’estime que le programme haïtien a une grande faille dans son application tel que nous l’avons conçu. Le support en matériel didactique n’est pas suffisant, il est bon, on a de bons ouvrages, on a des ouvrages intéressants mais ils ne sont pas suffisants. Donc, c’est pourquoi je double le programme haïtien du programme français jusqu’à la 9ème année. 


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